Le dessin classique, c'est chic

Rencontre avec Carole Chevallier, professeur de dessin au PAON

dessin Georges Seurat, étude pour La Baignade à Asnières (1884)

Dessin de Georges Seurat, étude pour La Baignade à Asnières (1884)

Carole est l’une des premières professeurs avec laquelle nous avons discuté de cours de dessin en ligne. Son enthousiasme, sa curiosité nous a fait chaud au cœur ! Cette énergie nous a donné envie de lui laisser le coup d’envoi de cette nouvelle programmation, avec un premier cycle de cours sur l’étude du corps humain pour les débutants (retrouvez la tous les mardis du mois de septembre à 19h). On en a profité pour lui poser quelques questions sur elle et sa passion du dessin…

 

Peux-tu nous dire comment est née ta vocation pour les beaux-arts ?

Tôt ! Je pense que j’ai eu la vocation à l’âge de 5 ans. A l’âge de 10 ans je me suis inscrite dans un atelier à Saint Quentin. On y faisait beaucoup de pastel, sur les pas de Maurice-Quentin de la Tour, un très grand portraitiste français originaire de la ville où j’ai grandi. Je n’ai pas décroché depuis. J’ai commencé mes études dans l’illustration, à l’école Estienne où j’ai pu toucher à la typographie, la reliure, la sérigraphie et tout un tas de pratiques avec un côté plus artisanal. J’ai poursuivi avec un peu de graphisme et enchaîné avec les Beaux-Arts de Cergy. Très rapidement, je me suis mise à enseigner en sortant de mes études. 

Tu as plusieurs cordes à ton arc d’artiste et d’enseignante, mais tu as décidé d’orienter tes premiers cours sur les fondamentaux du dessin. Pourquoi ?

J’ai découvert le dessin classique un peu par hasard, alors que je devais remplacer une prof dont le cours s’appelait “Étude approfondie du dessin”. Ça n’avait rien à voir avec mon expérience du dessin. On m’avait toujours dit “Vas-y essaye, amuse-toi et tu verras. Si on te donne trop de règles, tu vas rester enfermée dedans”. J’ai dû me plonger dans des traités, des oeuvres que je n’avais pas du tout étudiées avant. Il s’est alors passé quelque chose d’assez incroyable. 

L’histoire du dessin est finalement peu connue et montrée. D’abord parce que ça a souvent été (et encore aujourd’hui), assimilé à du croquis, à une activité préparatoire à de grandes peintures. Ensuite pour des raisons de conservation : les dessins sur papier sont très fragiles et les musées doivent d’obéir à des règles de conservation très strictes. Je crois qu’ils ne peuvent les exposer que 3 mois d’affilé et les mettre ensuite au moins 3 ans en réserve.

Le dessin a en fait été, pour les artistes classiques, un espace de liberté et de recherche immense, dans lequel ils pouvaient davantage oser, sans courir le risque d’être décriés par la critique.

Mmmh, ça donne envie… est-ce que tu as des expos / des lieux à nous recommander pour (re)découvrir le dessin classique ?

Une première info que peu de gens savent, c’est que vous pouvez demander dans les grands musées à voir les dessins qu’ils conservent dans leur collection, puisqu’ils ne peuvent les exposer tout le temps. Le Met de New-York, la Fondation Custodia ou l’Albertina à Vienne ont par exemple de très belles collections permanentes en art graphique.

Et plus près de chez vous si vous habitez à Paris, il y a en ce moment et jusqu’au 4 octobre une super expo au Petit Palais : La Force du Dessin

Carole_Chevallier professeur de dessin

Carole Chevallier, professeure de cours de dessin en ligne au PAON

Quels sont ces artistes que tu aimes particulièrement citer dans tes cours et pourquoi ?

Pour n’en mentionner que quelques-uns je dirais : Georges Seurat pour parler de valeurs, Camille Corot pour ses “gribouillages” maîtrisés, Rembrandt aussi était un monstre du dessin. Dans ces dessinateurs classiques, il y en a qui vont en fait déjà beaucoup plus loin que des dessinateurs contemporains ! Léonard de Vinci a fait des dessins d’une très grande fantaisie pour son époque.

J’évoque aussi bien sûr des dessinateurs modernes dans mes cours. Le travail d’implication en forme géométrique qui est la base du cubisme est par exemple, un très bon exercice pour apprendre à dessiner.

Tu enseignes beaucoup à des débutants, quels sont les blocages que tu perçois et quels sont tes conseils pour les surmonter ?

Le premier travers que je vois tout le temps c’est celui de la “photocopieuse”. Les élèves ne prennent pas le temps d’observer, ils copient sans regarder le sujet, en le “subissant”. Apprendre à dessiner c’est d’abord apprendre à exercer son regard, et à synthétiser. Un bon exercice pour faire cela c’est de placer son sujet dans un polygone pour avoir une première vue d’ensemble avant de regarder dans le détail.

La tenue du crayon et la posture du corps qui dessine sont aussi des notions fondamentales dont on peut prendre conscience très rapidement. Elles sont un impact direct sur notre manière de dessiner et l’émotion que nos dessins dégagent. J’aborde tout cela dans la première session de mon cycle sur l’étude du corps, Corps à corps… – Le corps qui dessine [1/4]. Pour vous donner une image très parlante, quand Pollock projette de la peinture sur sa toile par un geste spontané et ample, ça ne fait pas le même effet que quand Vinci l’applique délicatement avec un pinceau fin. 

Un dernier mot pour inciter les gens à se lancer ?

Ce que j’aime dans le dessin c’est que c’est la base de tout. Quand on fait du dessin, on peut parler de photo, de sciences, d’histoire, etc. C’est tellement riche ! Apprendre à dessiner c’est apprendre tout court. Alors lancez-vous !

Pour en savoir plus sur Carole et ses prochains cours de dessin en ligne, c’est par ici !

Dans l’ordre : La femme rassurant un enfant effrayé par un chien de Rembrandt Harmenszoon Van Rijn. © Collection Frits Lugt.jpg – Devant le balcon de Georges Seurat – Souvenir des environs de Monaco de Jean-Baptiste-Camille Corot , 1860, cliche-verre, National Gallery of Art, Washington.jpg – image d’un jeune homme en pleine détresse de Léonard de Vinci